Le fondateur de la maison Rodolphe est le facteur Pierre-Louis-Alphonse Rodolphe, qui comme presque tous ses confères, commença par être apprenti ébéniste en 1827. Après son apprentissage, il suivit le parcours traditionnel, en travaillant notamment dans la facture de piano comme "finisseur" chez Pleyel et Pape. Il devint ensuite contremaître chez Fourneaux, pépinière de jeunes facteurs, et s'établit à son compte en 1850.
On le trouve avant 1859, au 64 rue Amelot à Paris et ensuite au 15 rue de Chaligny, rue proche, dans le faubourg Saint-Antoine de celle de Christophe-Etienne. Cette dernière adresse est de loin la plus fréquemment retrouvée.
La maison était organisée en deux centres de fabrication. La fabrique de Nogent sur Seine (Aube), dotée de tous les perfectionnements techniques et d'une machine à vapeur de 20 chevaux, était un ensemble industriel de 4000 mètres carrés de superficie. Elle était dirigée par Emile Rodolphe, fils de Pierre-Louis-Alphonse, et servait au stockage des bois de toutes qualités et produisait les pièces détachées. Transportées par canaux, ces pièces étaient montées à la manufacture de la rue de Chaligny dirigée par l'autre fils de Pierre-Louis-Alphonse à savoir Alphonse Rodolphe.
La maison Rodolphe participa à l'Exposition Parisienne de 1855, puis à l'Exposition Universelle de Londres, en 1862, puis aux Expositions Universelles de 1867, 1878, 1889 et 1900. Elle obtint plusieurs médailles d'or.
En 1878, le jury mentionne que Rodolphe expose des modèles très variés et que cette maison a ses propres procédés de fabrication. Il est notamment exposé un harmonium de 7 jeux 1/2 d'une grande puissance avec percussion adpatée au pédalier. La maison Rodolphe remporte à cette expostion une médaille d'or.
A l'exposition de 1889, où il obtient encore une médaille d'or, Rodolphe se distingue en combinant sur un même instrument les deux systèmes de soufflerie, à savoir, le système français foulant et le système anglo-américain, aspirant. Le jury mentionne que cela est utile et amène une grande variété de timbre. Il précise aussi que cette maison expose une série d'instruments d'une qualité supérieure à la fabrication courante. On trouve notamment : un harmonium de 5 jeux 1/2; un orgue de 7 jeux, à percussion, modèle Debain; un grand harmonium à pédalier, à soufflerie indépendante, ayant 4 jeux affectés au pédalier, 9 jeux aux deux claviers à mains et 25 registres. Ces trois instruments, d'une facture soignée, avec des combinaisons variées, fonctionnent très bien et possèdent une belle sonorité. La grande nouveauté de cette exposition était un orgue à double soufflerie, aspirante et foulante. Par la simple action des pédales du soufflet, le réservoir de l'orgue marchant par pression d'air s'emplit, en même temps que, par l'effet inverse, le réservoir de l'orgue fonctionnant par aspiration forme le vide. On peut donc, à volonté, au moyen des registres, jouer l'un des instruments ou les deux ensembles, obtenir le son de l'orgue américain et le jeu de l'orgue français. Ceci donne à l'harmonium une variété de son remarquable.
A l'exposition de 1900, la maison Rodolphe fils obtient encore une médaille d'or pour des instruments tous très appréciés. Il est notamment exposé un grand instrument à sommier vertical où, pour obtenir une intensité plus forte du son, chaque anche est enfermée dans une boîte de résonnance. Cet instrument comprend 7 jeux pour les claviers manuels, deux pour le pédalier, cinq pédales de combinaison et deux pédales pour manoeuvrer les jalousies expressives. A cette exposition, les Rodolphe présentent aussi un prototype d'harmonium "électrique". En effet, séduit par l'idée de transmettre à distance le son de l'harmonium, ils ont imaginé un récepteur téléphonique muni d'une large membrane et d'un gros pavillon dans lequel on peut lancer des courants électriques vibratoires. L'appareil est relié à un petit harmonium dans lequel chaque anche, munie d'un contact électrique que la lame, en vibrant, atteint et quitte alternativement, lance dans la ligne du récepteur un courant périodiquement interrompu. De la sorte, pendant l'exécution d'un morceau sur cet harmonium, les sons se trouvent transportés au loin, amplifiés et condensés dans un seul et unique tuyau. Cependant, le jury mentionne que, du point de vue musical, le résultat est assez médiocre et qu'il y aurait encore beaucoup à faire pour l'améliorer.
Le point le plus complexe et le plus mystérieux dans l'histoire de la maison Rodolphe est la reprise de la marque Debain. A ce sujet, beaucoup de choses ont été dites sans qu'une vérification historique ne vienne les confirmer et ainsi il a été commis de nombreuses erreurs. Dans l'état actuel de nos connaisances, les conditions de reprise de la marque Debain restent très floues. En effet, la maison Rodolphe mentionne dans de nombreuses publicités et sur ses plaques : " Rodolphe fils, seuls successeurs de la fabrication des harmoniums Alexandre Debain". Mais nous ne savons ni quand, ni comment, ni pourquoi Rodolphe a repris la marque Debain. Rodolphe n'a pas succédé proprement dit à Debain, car comme nous l'avons vu cette maison existe depuis 1850 et Alexandre Debain n'est mort qu'en 1877. Si certains détails semblent avoir été repris, ce sont surtout des pièces détachées qui ont été probablement réutilisées et encore en petite quantité. Rodophe avait sa propre façon de fabriquer et possédait sa propre manufacture. La reprise de la marque Debain s'est probablement limitée à aposer le nom Debain à côté du nom Rodolphe et ce dans un but commercial, la marque Debain devenant alors un gage de qualité et de sérieux.
Patrick-Alain Faure
novembre 2007